Sortie club Corse: l'aventure!


Journal de bord d'un week end prolongé incluant pas mal d'heures de vol, beaucoup de moments magiques, et une série d'imprévus. Également ma première "vraie grande navigation" en tant qu'élève pilote.

Philippe, mon instructeur voltige sur F-CC organise une sortie club en Corse (pas en avion de voltige, bien sûr!), et me propose de me joindre au périple. N'ayant jamais mis les pieds dans cette partie de la France, et ne résistant pas à l'attrait d'une navigation plus complexe que celles que j'ai faites jusque là, je réponds présente.

JOUR 1 - LFPX -> PROPRIANO (via LE PUY et CANNES)

DEPART LFPX

Rendez-vous à l'aérodrome à 7h ce vendredi, le jour n'est pas encore vraiment levé, nos esprits non plus. Les équipages, répartis dans 3 avions 4 places, se préparent, sortent les avions, complètent les réservoirs à essence si nécessaire. Derniers ajustements et vérifications: devis carburant, masse/centrage, météo, notams, gilets de sauvetage, bidons d'huile... nous partons quatre jours avec des avions chargés, il vaut mieux être sûrs de ne rien oublier!

ETAPE 1: LFPX -> LE PUY

Ce premier leg sera mon seul vol en dr400 du le voyage. Nous voilà partis dans F-KF avec Paul Antoine aux commandes, Gaby en copilote, et Pierre F et moi derrière. La météo est bonne et ensoleillée sur le trajet prévu, mais c'est couvert et pluvieux uniquement en région parisienne... F-RU décolle en éclaireur pour vérifier la hauteur du plafond, et les deux autres avions suivent peu après. Nous passons au dessus de la couche rapidement, puis celle ci disparait au fur et à mesure que nous nous éloignons de l'Ile de France.

Sur le trajet: les étangs de Hollande (pas l'ex président!), Orléans, Bourges (et sa cathédrale), Montluçon, le Puy de Dôme (et les volcans d'Auvergne), Clermont Ferrand... arrivée à Le Puy et sa piste en pente descendante pour un refuel et déjeuner pique nique.

Observations:

Ambiance très conviviale et belle entraide collective durant le vol.

On Top en contact avec Chevreuse Info en région parisienne

ÉTAPE 2: LE PUY -> CANNES

Nous avions initialement prévu d'aller à Cuers. Mais le terrain est fermé, nous nous déroutons donc vers Cannes.

Changement d'avion pour moi, je vais découvrir le mcr4s, côté sièges arrière. Thibault prend les commandes pour cette étape, et François prend ma place dans le DR400 F-KF. Le survol des montagnes dans un avion léger sera également une première pour moi. Reliefs et convection aidant, on ressent assez bien les turbulences dans cet avion léger. Le paysage est top. Nous passons près du mont Ventoux, et profitons du panorama. La météo, jusque là ensoleillée, commence à se dégrader à l'approche de Cannes. Mais nous arrivons à temps, ouf!

Au sol, nous sommes entourés de jets privés. Même le parking des avions légers regorge de belles petites machines. J'aperçois un beau Fouga Magister dans les hangars. Nouveau refuel, paiement des taxes, et dépôt du plan de vol (obligatoire avant la traversée) par téléphone.

Approche Cannes

ETAPE 3: CANNES -> PROPRIANO

C'est à mon tour de piloter. Pas facile de décoller d'un aéroport au trafic dense avec une machine que l'on pilote pour la première fois, mais il faut savoir se mettre au défi pour avancer, évoluer.

Après plusieurs minutes à 1000/1500 pieds mer, le contrôle approuve la montée vers le FL55, que nous débutons. Rapidement, l'indicateur de température moteur passe au rouge écarlate, alors que nous sommes au dessus de la mer depuis quelques instants déjà. Il faut arrêter de monter. Notre instructeur prévient à la radio que nous souhaitons rester à 3500 pieds. Après une mise en palier et l'ouverture du capot moteur, l'aiguille revient à la normale, après cette petite frayeur ça va beaucoup mieux.

Littoral Cannes

Une fois tout ce bazar passé, la traversée est agréable, l'horizon visible, et l'air calme. Sans repères visuels au sol et entourés seulement de quelques nuages qui se déplacent, il faut bien suivre le cap et la montre. Super exercice. Traversée via les points SW, LERMA, MERLU, LONSU, NW.

Dans la SIV d'Ajaccio, nous avons affaire à un contrôleur super sympa, qui après nous avoir chaleureusement annoncé "Ne vous inquiétez pas, je vais vous choyer!", semble beaucoup s'amuser à accompagner notre traversée, prend très à coeur l'espacement entre chaque avion, et nous prévient lorsqu'un appareil s'apprête à dépasser l'autre, on dirait presque qu'il commente une course, il me fait rire.

A l'approche de Propriano, nous arrivons à 3 avions simultanément, tandis qu'un appareil autre traine dans le tour de piste, il faut nous organiser entre nous... Mais nous sommes enfin arrivés! Nous sommes accueillis par un chat au parking.

Quarante minutes de marche jusqu'aux bungalows, un apéro, et un dîner jovial plus tard, nous avons tous droit à une bonne nuit de sommeil bien méritée.

Plage du camping à Propriano

JOURS 2 ET 3 - LA CORSE VUE DU CIEL

JOUR 2, CALVI

Après une matinée repos et petit déjeuner au bord de la mer, nous partons pour un tour de l'île, et nous nous donnons rendez-vous à Calvi. Les deux dr400 choisissent de longer la côte par l'ouest, tandis que dans F-RU Philippe propose à François de passer par les reliefs. Nous passons verticale Corte, survolons Bastia, puis la pointe de l'ile, et arrivons à Calvi. Nous avalons des sandwichs avant de faire refaire les pleins par un pompiste très efficace mais peu bavard. Retour à Propriano par la côte, après 40 minutes d'attente au point d'arrêt. Paul Antoine profite des derniers instants avant le coucher du soleil pour faire quelques tours de piste en solo dans F-KF.

Décollage de Propriano

Trajectoire Propriano-Calvi sur Air Nav Pro

mcr4s vs Avro sur la 36

Calvi

JOUR 3, FIGARI + BONIFACIO

Départ matinal. Dans le mcr4s, au tour de Pierre L de piloter. Survol du sud de la Corse, avec les Aiguilles de Bavella, de jolies petites îles (dont une privée avec piste et port!), criques en forme de méduses, falaises de Bonifacio, et vue sur la Sardaigne. Atterrissage à Figari. Pendant que nous garons l'avion, un A320 d'Air France passe devant nous et son commandant de bord nous fait coucou en agitant la main. Dans l'aérogare, les immatriculations de nos avions affichés sur l'écran des arrivées, ce qui amuse beaucoup tous les membres du groupe. Visite de Bonifacio et déjeuner en haut des falaises. Retour à Propriano où nous nous offrons une petite baignade en mer, suivie d'un barbecue organisé sur la terrasse d'un de nos trois bungalows.

Le fameux Air France

Bonifacio

JOURS 4 ET 5 - NOUVEAUX DEROUTEMENTS, RETOUR PARIS

JOUR 4, NOUVEAU DEROUTEMENT A CANNES

Notam de dernière minute à Propriano: le terrain est fermé entre l'aube et 13h pour fauchage. Impossible de décoller avant car il fait encore nuit. Longue attente agrémentée de pizzas qui nous redonnent le moral. Puis il est 13 heures, nous pouvons enfin repartir. Ah ben zut, F-KF refuse de démarrer! Après appel à S.O.S mécaniciens du club, nous constatons qu'il fallait simplement reconnecter le fusible du démarreur. Nous traversons la mer (avec cette fois Thibault aux commandes de F-RU), en volant à des niveaux de vol séparés pour assurer l'espacement de nos trois avions.

Second déroutement à Cannes, cause météo. Dans l'aérogare, nous nous amusons du contraste entre notre équipe de 12 en t-shirts, shorts, et sacs à dos, avec les passagers des jets privés très apprêtés, et chargés de sacs de marques de luxe. Philippe et Pierre F ont de la famille dans les parages qui acceptent très gentiment de nous héberger pour la nuit (encore merci à eux pour l'accueil adorable!). Le groupe est réparti dans les deux maisons, et nous nous rejoignons pour le dîner à Cannes. Fin de soirée avec une guitare au bord de la piscine.

Fauchage de piste (photo by Philippe)

JOUR 5, ENCORE DU DÉROUTEMENT!

Vu la météo ce matin, on oublie la pause déjeuner initialement prévue à Gap. Nous visons donc Vichy. Je reprends les commandes de F-RU pour ce vol.

Le départ se passe beaucoup mieux que la dernière fois, même si je ne suis pas encore à l'aise avec le pas variable. En survolant le sud des Alpes, la couche nuageuse s'élève et se soude au fur et à mesure que nous avançons. Si cela continue, nous devrons faire demi tour. Les informations météo annoncent une dégradation à l'ouest. Le contrôleur du SIV nous indique que le ciel au dessus Valence est totalement dégagé. Déroutement donc à Valence. Nous montons jusqu'au FL105, ce qui semble bluffer notre interlocuteur du SIV qui nous redemande dans quelle merveilleuse machine nous volons... Vu la faible densité d'air à cette altitude, Philippe m'indique qu'il faut prendre une inclinaison très faible dans les virages pour éviter de décrocher. Il nous rappelle aussi que la réglementation a récemment changé : au dessus du FL100, sans oxygène a bord c'est maximum 30 min. Une partie du vol se fait au dessus de la couche, je passe par les endroits les plus dégagés possibles, et essaie de suivre le GPS de l'avion qui indique le cap à prendre et la distance en nautiques par rapport à Valence (pratique ce truc!).

Déjeuner ensoleillé sur la terrasse du Mermoz, restaurant de l'aéroclub qui nous sert de succulents gratins de ravioles.

FL100 over the top

JOUR 5, RETOUR A LFPX

Nouveau décollage, cette fois ci en direction de Paris, avec François qui reprend ma place devant. Sur le chemin, ciel localement couvert, nous passons en dessous puis au dessus de la couche. Les nuages sont tellement soudés au bout d'un moment qu'on croirait survoler l'antarctique. L'équipage de F-XD, contrairement aux deux autres avions, choisit de rester toujours sous la couche. Nous suivons la Loire, et survolons Roanne, Nevers, Montargis. CAVOK en région parisienne, nous passons près d'Etampes puis arrivons peu après à LFPX, où Christiane la secrétaire du club est heureuse de nous retrouver.

Approche région parisienne sous les nuages

CONCLUSION

PILOTAGE

Effectuer ce genre de navigation sur un avion inconnu est une drôle d'expérience. Le mcr4s a quelque chose d'agréable dans le pilotage en vol, sa vitesse de croisière (125kt) est assez élevée pour un 100cv, parce qu'il est léger, et par sa cellule en composite j'ai parfois l'impression d'être dans un gros jouet. Sans aller jusqu'à le préférer au Robin (que je trouve nettement plus confortable), ça a été une bonne expérience.

D'un point de vue plus global, j'ai trouvé ce voyage plein de contrastes et d'imprévus très formateur. Cela change beaucoup des navigations classiques au dessus de la plaine, où tout se passe comme prévu, où l'on suit le log de nav à la lettre ou presque, et où l'on atterrit dans des petits aérodromes tranquilles.

mcr4s (dessiné durant le vol)

LIEUX

Nous en avons pris plein les yeux!

HUMAIN

Encore une fois, un grand merci à Philippe de m'avoir proposé de participer à ce voyage. Merci à tous pour votre bonne humeur et votre bienveillance. Par ordre alphabétique: Cécilia, Claire, François, Gaby, Laura, Paul Antoine, Philippe, Pierre F, Pierre L, Thibault, Thomas, j'ai beaucoup apprécié de partager ces moments incroyables avec chacun(e) d'entre vous.


© by Mad Madssen.